3. Maturité technique et synthèse thématique : « Cent Ans de solitude »
Dans les premières œuvres de García Márquez, au demeurant fort courtes, Macondo n'existe que par morceaux que le lecteur doit lui-même assembler. Avec le très volumineux Cent Ans de solitude surgit, foisonnant, le roman de Macondo apparemment définitif. À côté d'éléments nouveaux, on trouve nombre de matériaux narratifs déjà connus mais encore développés et, surtout, organisés en une très habile construction romanesque. Nous suivons l'histoire de Macondo à travers celle d'une famille, les Buendía, depuis la fondation de la ville jusqu'à sa disparition après plusieurs générations. Macondo semble vivre d'abord une sorte d'âge d'or, fait d'innocence et de simplicité, connaît ensuite les guerres civiles, puis le développement économique et les conflits sociaux que lui apporte une prétendue civilisation, pour sombrer après dans la décadence et être enfin balayée par un cataclysme. Au premier abord, on est séduit dans Cent Ans de solitude, comme dans tous les autres récits de García Márquez, par le pur et simple plaisir que procure l'art du conte. Cependant, il est très vite évident que l'intérêt majeur du livre, ce sont ses innombrables possibilités de signification. Car Macondo n'est pas seulement la transposition poétisée d'Aracataca, ou même l'image symbolique de la bourgade colombienne typique. C'est aussi le symbole de toute l'Amérique latine qui, d'une manière générale, connaît le même destin, les mêmes conflits et problèmes que la Colombie. Mais surtout Cent Ans de solitude apparaît comme une histoire de l'humanité, décrite notamment à travers des mythes bibliques : Genèse et Apocalypse, patriarches et prophètes, grimoires qui contiennent l'indéchiffrable parole de Dieu, paradis terrestre et paradis perdu, Terre promise, déluge, etc. En une sorte de geste primitive, nous refaisons le chemin qui mène de la superstition à la science en passant par l'alchimie. Les humains qui peuplent Macondo ne sont […]
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