3. Les honneurs
En 1892, Fauré est nommé inspecteur de l'enseignement dans les conservatoires puis professeur de composition au Conservatoire de Paris, à la succession de J. Massenet (1896). Il y forme de nombreux et excellents compositeurs tels que F. Schmitt, L. Aubert, C. Kœchlin, N. Boulanger et Ravel. En 1905, il remplace T. Dubois, démissionnaire, à la direction du Conservatoire. Dans cette charge, qu'il prend singulièrement à cœur, Fauré se conduit en tyran et réforme la vieille institution. Enfin, reconnu par le public et les milieux musicaux parisiens, il se lance dans la composition d'un opéra, Pénélope (1907-1913), d'après R. Fauchois. Cette œuvre n'obtint pas le succès espéré. Le compositeur en fut très déçu car, comme la plupart des musiciens du xxe siècle, il était d'accord avec Gounod sur ce point : « Pour un compositeur, il n'y a guère qu'une route à suivre pour se faire un nom : c'est le théâtre... »
Le demi-échec de Pénélope laisse Fauré « aplati de fatigue », selon ses propres termes. Il revient alors aux mélodies (cycles du Jardin clos, Van Lerberghe, 1915, des Mirages, R. de Brimont, 1919, et de L'Horizon chimérique, d'après J. de la Ville de Mirmont, 1921), à la musique de chambre (2 Sonates pour violoncelle et piano, 1917 et 1921 ; 2e Quintette, 1921) et aux œuvres pour piano (13e Nocturne, 1921 ; 13e Barcarolle, 1921). Il termine sa dernière œuvre, le Quatuor à cordes opus 121, le 11 septembre 1924, deux mois avant sa mort.
Dernier grand musicien romantique, Fauré peut sembler parfois anachronique au xxe siècle. Enfermé dans sa surdité, il n'a pas connu les grands bouleversements de la vie musicale contemporaine et s'est réfugié dans une esthétique purement individuelle, faite d'austérité et de dépouillement. Musique linéaire, sévère, renonçant au charme et à la violence de la maturité, les dernières œuvres gardent cependant un caractère passionné qui semble être la marque du compositeur.
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