2. Le premier parmi les mélodistes français
Le premier recueil de mélodies paraît chez Choudens en 1879 ; il sera suivi de deux autres recueils et de cinq grands cycles s'échelonnant jusqu'en 1921. Peu distincte en ses débuts de la romance, la mélodie a une vocation de divertissement, de mise en valeur des voix féminines, d'exaltation des sentiments romantiques. Elle n'atteindra sa dignité d'œuvre à part entière qu'avec Fauré et Duparc entre les années 1870 et 1890 et sous l'impulsion des mouvements poétiques parnassien et symboliste. Fauré conçoit la mélodie comme une lecture en musique du texte littéraire, privilégiant intelligibilité et expression. Toutefois, le respect du texte n'entraîne jamais ni convention ni superficialité. On s'aperçoit à l'analyse que la part créatrice du musicien reste paradoxalement très grande et que la mélodie qui en résulte n'est plus ni vraiment le texte poétique ni réellement de la musique, mais une œuvre entièrement nouvelle née d'une fusion mystérieuse des deux langages. Une des grandes réussites de la maturité de Fauré demeure le cycle de La Bonne Chanson, neuf mélodies d'après Verlaine (1892-1894). L'harmonie fauréenne s'y définit pleinement dans sa qualité la plus précieuse : l'ambiguïté. En effet, pour traduire la sensualité et la richesse des poèmes verlainiens, Fauré élabore un style fondé sur des éléments stables et connus mais dont il organise une instabilité artificielle due au mouvement des éléments dans une perpétuelle fuite en avant. L'entendant pour la première fois, Saint-Saëns se serait écrié : « Fauré est devenu complètement fou. »
Les œuvres qui suivirent La Bonne Chanson seront influencées par la création de Pelléas et Mélisande de Debussy (1902), dont le langage vocal très « récité » devait bouleverser la musique chantée. Fauré s'en souviendra dans Accompagnement et les mélodies qui terminent le troisième recueil. C'est également à cette période que le musicien ressent les premières atteintes de la surdité. Son style en est profondément modifié et s'infléchit vers plus d'austérité, voire d'ascétisme (Mirages, quatre mélodies d'après R. de Brimont, 1919).
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