3. Le Manifeste réaliste
Socialistes convaincus, les trois frères, comme toute l'avant-garde artistique de l'époque, retournent à Moscou en novembre 1917 pour travailler avec le nouveau régime et retrouver ce bouillonnement culturel qui caractérise en Russie les années 1910-1920. Mais déjà se rompt l'idylle, puis la coexistence pacifique entre ceux que les hommes politiques nomment en bloc « futuristes » et la bureaucratie de l'après-révolution. C'est par pur hasard que le Manifeste réaliste, placardé sur les murs de Moscou pendant l'été de 1920, sera déchiffré scrupuleusement – sans rien y comprendre – par la population soviétique, comme s'il était un de ces innombrables décrets gouvernementaux, quotidiennement promulgués à cette époque de guerre civile : la responsable des éditions d'État, la sœur de Trotski, n'ayant pas lu le texte, et croyant, à cause de son titre, à une attaque en règle contre les mouvements d'avant-garde que le régime commençait à réprouver, avait autorisé sa publication. De fait, pour Gabo, de telles sculptures sont réalistes, et il récuse le terme d'« abstraction », car elles figurent les énergies et les rythmes qui mettent en œuvre toute matière. Là encore, ce manifeste, l'un des documents les plus clairs concernant l'art moderne, est l'œuvre exclusive de Gabo (même si Pevsner, organisant avec son frère cet autre coup de force que fut leur exposition dans la rue, le contresigne). '
Quittant la Russie à la fin de l'été de 1922 lorsque les tracasseries de l'administration tenteront de l'empêcher de poursuivre ses recherches, Gabo continue d'élaborer patiemment les subtiles volutes géométriques de ses constructions transparentes (en Plexiglas, en verre, en fil de Nylon), si différentes selon la position du spectateur. Il s'installe d'abord à Berlin (1922-1932), alors capitale intellectuelle de l'Europe en participant au November-Gruppe, puis à Paris où il devient membre du groupe Abstraction-Création (où il avait d'ailleurs réalisé en 1926 un prodigieux déc […]
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