3. Allemagne : la sérénité
En 1958, Lang retourne en Allemagne pour y réaliser les dernières œuvres de sa carrière : un film en deux parties, Le Tigre du Bengale et Le Tombeau hindou, et Le Diabolique Docteur Mabuse, œuvres pour lesquelles il retrouve toute sa jeunesse germanique. Le Tigre du Bengale et Le Tombeau hindou, à mi-chemin entre le conte de fées et le serial, sont une véritable méditation, celle d'un sage, alors âgé de soixante-huit ans, qui apporte à tout un genre, celui du film d'aventures, la sérénité du philosophe. Le Diabolique Docteur Mabuse, le plus beau film allemand de l'après-guerre, renoue avec les pouvoirs occultes et la volonté de puissance, dénonçant une ultime fois le despotisme du surhomme. Le cercle se referme. Ce retour de Lang en Allemagne est tout à la fois le retour aux sources de son œuvre et l'achèvement de toute une carrière. L'adolescent des Araignées (1919) et le vieil homme du Tigre du Bengale (1959) se sont retrouvés. À la permanence de ses thèmes, Lang ajoute un style, plus pur que jamais, dépouillé jusqu'à l'épure.
En écrivant : « La solitude morale, l'homme menant seul une lutte contre un univers mi-hostile, mi-indifférent, tel est le thème favori de Lang », François Truffaut trouve très exactement la définition de l'art telle que la donne Fritz Lang : « Une chose est sûre. L'art doit être critique ; c'est sa force et sa raison. Cette critique doit être une critique sociale, mais pas uniquement. Il y a dans ce monde beaucoup de choses qui doivent être critiquées. On ne peut pas proposer de solution, mais il faut toujours lutter pour désigner le mal. Ainsi mes films policiers américains sont d'abord une critique dirigée contre la corruption. Il arrive également qu'un créateur découvre en lui-même des choses qu'il n'aime pas, et il doit critiquer ces choses. »
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