3. La crise des « Âges du monde » (1808-1827)
En s'obstinant néanmoins à édifier le second volet de son système, la « philosophie de l'esprit », Schelling découvre de plus en plus l'erreur qui fut sienne d'instituer comme principe de la philosophie un « sujet » neutre, une simple « essence ». À partir de 1809, il revient donc à un sujet personnel qui n'est plus, comme avant 1801, le moi, mais qui porte le nom propre de Dieu. C'est donc avant tout une exigence interne qui, à un certain moment, amène la philosophie schellingienne à se définir comme religieuse, bien qu'il ne faille pas négliger complètement le rôle tenu par les circonstances extérieures.
Jusqu'en 1820, Schelling vit assez tristement à Munich, privé de ce stimulant indispensable qu'est pour lui le public universitaire. En 1809, il a perdu Caroline Michaelis-Schlegel, sa première femme et son inspiratrice, qu'il avait épousée en 1803 après une longue et parfois dramatique liaison (il se remariera trois ans plus tard avec une amie de celle-ci, Pauline Gotter). Il s'est brouillé avec Hegel, puis avec Friedrich Heinrich Jacobi, qu'il foudroie en 1812 dans un magnifique pamphlet – le dernier texte important qu'il ait publié. Car sa production tarit peu à peu. Après les Recherches philosophiques sur l'essence de la liberté humaine (1809), il commence, en 1810, la rédaction des Âges du monde (Die Weltalter), qui se présentent comme un récit de la vie de l'absolu, mais dont il n'écrivit jamais que la première partie (celle relative au « passé » de l'univers), sans d'ailleurs la publier. Ce travail sans cesse renoncé et repris l'obséda pendant dix ans. En 1820, sa santé l'oblige à abandonner Munich et à s'établir dans la petite ville universitaire d'Erlangen. Il y donne quelques cours et y élabore sa philosophie de la mythologie, où passèrent la plus grande partie des matériaux des Âges du monde. Et, en 1827, après une éclipse de plus de vingt ans, Schelling reparaît enfin sur la scène philosophique comme professeur à la no […]
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