3. Le « Dialogue sur la poésie »
Le Dialogue sur la poésie (Gespräch über die Poesie, 1800) marque l'apogée du jeune Schlegel qui a voulu montrer comment il dominait toutes les tendances de son époque. Les personnages sont en fait des contemporains : Amalie fait songer à Caroline Schlegel, Marcus doit être August Wilhelm von Schlegel, le personnage de Ludoviko est peut-être Fichte, plus sûrement Schelling. Il est bon de remarquer qu'en dépit du ton plein de noblesse du Dialogue sur la poésie, Schlegel était déjà en désaccord avec Schelling. Les deux hommes se sont bien connus, au point que Schlegel est un auteur qu'il ne faut pas négliger dans le problème posé par l'Altestes Programm de l'idéalisme allemand, tantôt attribué à Schelling, tantôt à Hegel, Hölderlin ne devant pas être écarté. Cela posé, Schlegel d'une part n'aimait pas Schelling, jusqu'au point d'en venir à écrire le 24 février 1808 que les philosophies de Fichte et de Schelling sont des pousse-brouettes (Karrenschieber) métaphysiques, de le détester autant que Hegel, et d'autre part il devançait nettement Schelling : il possédait les idées que Schelling devait exposer d'une manière systématique, qualité qu'il n'avait pas.
Dans le Dialogue sur la poésie, on découvre un discours sur la mythologie qui anticipe nettement les recherches tardives de Schelling sur ce sujet. Schlegel écrivait qu'à la poésie moderne comparée à celle des Anciens manquait une mythologie, et il ajoutait que les temps étaient proches où l'homme moderne en posséderait une. Mais il voulait aussi posséder un idéal de réalisme et disait ne pouvoir le trouver que dans la poésie et non dans la philosophie. Le discours sur la mythologie qui donne à penser à la future philosophie de Schelling était précédé par un exposé sur les époques de la poésie, et suivi par une lettre sur le roman et une recherche sur le style de Goethe dans ses premières et ses dernières œuvres.
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