3. L'art, chemin de la liberté
Au terme des études historiques et philosophiques auxquelles, depuis l'achèvement de Don Carlos, il a sacrifié la poésie (1787-1793), Schiller définit, dans La Grâce et la Dignité (Über Anmut und Würde, 1793), son esthétique nouvelle, selon laquelle la beauté est le reflet, dans le monde sensible, de la liberté : Freiheit in der Erscheinung. Puis, dans les Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme (Briefe über die ästhetische Erziehung des Menschen, 1793-1795), il aborde la morale et la politique, en partant de la Révolution française, qui, selon lui, se solde par un échec : la liberté ne peut pas s'épanouir dans une humanité divisée et artificielle où s'affrontent l'instinct et la raison ; le plaisir esthétique seul peut réconcilier l'esprit et les sens et donner naissance à une société d'êtres harmonieux, aptes à vivre sans contrainte intérieure ou extérieure. Les artistes sont les meilleurs artisans du progrès politique, comme de tout progrès (cf. le poème Les Artistes). On s'est mépris en accusant Schiller d'évasion hors du réel, de refus d'agir. Il croyait sincèrement contribuer par la poésie à l'avènement d'un monde meilleur – que ses héros, Jeanne d'Arc et Guillaume Tell, nous invitent à espérer.
Dans Poésie naïve et poésie sentimentale (Über naive und sentimentalische Dichtung, 1795), Schiller précise ce que peut être la poésie dans le monde moderne et apporte un complément à ses thèses psychologiques en définissant deux types humains : le réaliste et l'idéaliste. Il se définit du même coup par rapport à Goethe (poète « naïf »), qui devient son allié et ami, avec lequel il entreprend d'œuvrer au service de l'art et de la culture. Il s'agit d'abord de purifier le goût : avec Goethe il lance contre la mode l'offensive des Xénies (épigrammes) ; ils s'insurgent contre la sensiblerie, le plat réalisme, le dilettantisme, tout ce qui se satisfait de la médiocrité.
Schiller avait un autre ennemi, la maladie (pulmonaire) qui, depuis 1791, mettait ses jours en […]
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