2. Le théologien
Le grand dessein de Schleiermacher est de réconcilier la religion et la culture. L'essence de la religion est au-delà de tout dogmatisme et de tout moralisme. « La religion, déclare-t-il, est l'intuition de l'Univers, voilà le centre de mon discours . » La foi est moins affaire de pensée ou de volonté que sensibilité, intuition immédiate. Elle constitue une « province particulière de la sensibilité ». Elle naît et se développe lorsque la sensibilité de l'homme se trouve confrontée à l'infiniment Grand et Bien et qu'elle s'enflamme à cette vision. Seul cet élan vers l'Infini libère le sentiment et délivre les âmes des opinions particulières ; en effet, pour la religion, tout ce qui est se présente comme une authentique image de l'Infini. La religion a donc le caractère d'une intuition du Tout, qui engage l'homme à se défaire de ses visions particulières et restreintes, pour entrer dans une démarche qui le rapproche de plus en plus de l'Infini.
La révélation est un processus qui naît dans l'homme et qui le touche et le remue dans son être. Certes, il faut pour cela des circonstances extérieures, mais l'essentiel, qui se passe en l'homme, c'est le développement de sa piété. Les fondateurs et les « virtuoses de la religion » expriment dans leur prédication « le sentiment de dépendance absolue à l'égard de l'Univers », qui est la racine et le fondement de toute religion. Ce sentiment amène l'homme à la piété et à la vie dans la foi. La religion est le lien qui fonde l'humanité véritable, celle des croyants et celle de l'Église ; elle fait naître la communion ; l'unité et l'immortalité. L'origine du sentiment de dépendance absolue n'est nullement le sujet croyant, mais Dieu qui, dans cette intuition, se manifeste comme le centre et le fondement de l'existence humaine authentique.
Pour Schleiermacher, la spécificité du Christ n'est pas à rechercher dans une naissance miraculeuse : elle réside dans « l'intensité de sa conscience de Dieu » par laquelle il se disti […]
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