3. Le noyau benzénique
Les publications de Kekulé, en 1865 et 1866, sur la constitution du benzène et des substances aromatiques consacrent la validité de ses vues sur la chimie structurale et composent l'un des plus brillants monuments de prédictions dans l'histoire de la chimie. Ces textes introduisent les notions désormais classiques de « chaîne fermée », de « noyau » et de « chaîne latérale ». Tout ce qu'énonce Kekulé en cette occasion a été sanctionné par l'expérience, et les objections qu'on lui fera ont été infirmées. Les dérivés de substitution prévus par la théorie ont été successivement identifiés. La constitution qu'il suppose pour le benzène C6H6 implique l'équivalence des six affinités insaturées ; il en infère le nombre de dérivés de substitution contenant 1, 2, 3, etc., substituants identiques, en fonction des relations d'isomérie possibles. Si l'on pouvait s'attendre à l'existence de 3 dérivés C6H3X3, on devait encore prévoir 6 composés différents de formule brute C6H3X2Y, toutes prédictions qui s'accomplirent exactement. La fécondité de la théorie structurale fut démontrée par l'essor de l'industrie des dérivés benzoliques qui a façonné maints traits de notre civilisation matérielle. Une adresse de la Chemical Society à l'occasion de la Benzolfeier célébrée en l'honneur de Kekulé, proclamait que sa « théorie trouva la chimie des dérivés immédiats du benzène comme un champ à peu près vide ; elle l'a transformée en une province fertile, à laquelle furent annexées des provinces dont l'existence même était inconnue ». Et, en 1898, F. R. Japp pouvait surenchérir et louer le génie de Kekulé, par les immenses conséquences d'un simple symbolisme graphique : « Une formule, consistant en quelques symboles chimiques jetés sur le papier, joints par des lignes, a fourni travail et inspiration à toute une génération d'organiciens, et sert de guide à la plus complexe des industries ».
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