2. La concaténation du carbone quadrivalent et la fin de la théorie des types
Fondée sur la capacité d'enchaînement du carbone quadrivalent, la systématisation kékuléenne des espèces organiques, mit un terme à un conflit de théories que l'on peut faire remonter aux idées de Dumas et Liebig sur les radicaux composés. En 1837, ces chimistes publièrent conjointement que la diversité des espèces organiques était réductible à une combinatoire de groupements atomiques invariables qui étaient associés dans les édifices moléculaires et se transportaient intacts dans les réactions ; c'était là une extension de la théorie dualistique de J. Berzélius, les radicaux composés fonctionnant comme des radicaux simples. Cependant, cette conception fut vite mise en question car elle supportait mal les phénomènes de substitution, reconnus dès 1834 par Dumas qui les nommait métalepsies. Tout en regardant les radicaux comme substituables, A. Laurent développa une théorie visant à identifier la charpente fondamentale des hydrocarbures, qui annonçait les idées de Kekulé. Abandonnant, non sans hésitation, la conception dualistique, Dumas en vint à élaborer une théorie des types dans laquelle chaque espèce est considérée comme un dispositif autonome, dont les caractères chimiques procèdent de l'arrangement atomique. Il devait en résulter un utile système de classification des composés organiques, et une nouvelle théorie des types formalisée par C. F. Gerhardt, qui concordait avec des recherches de C. A. Wurtz, A. W. von Hoffmann et A. W. Williamson. Dans un texte de 1853, Gerhardt prétend ramener « les composés organiques à 3 ou 4 types susceptibles chacun de donner des séries : l'eau, l'hydrogène, l'acide chlorhydrique, l'ammoniaque ». Ce sera, cependant, en utilisant la notion de type, dans le sens « mécanique » de Dumas, que Kekulé introduira subrepticement, en 1837, la notion fondatrice de quadrivalence du carbone, et renversera le sens de la sériation de Gerhardt en identifiant, l'année suivante, le type méthane : […]
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