2. L'affirmation de la « mexicanité »
Entre 1930 et 1933, Frida Kahlo fait de longs séjours aux États-Unis où Diego Rivera doit exécuter des fresques à San Francisco, Détroit et New York. Par la suite, elle y retourne plusieurs fois pour se faire soigner ou pour participer à des expositions. Elle y peint beaucoup, notamment le fameux Autoportrait sur la frontière du Mexique et des États-Unis (1932, collection privée), où elle figure, dans une robe rose virginale, une cigarette et le drapeau mexicain à la main, au confluent de deux civilisations : d'un côté le Mexique, ses ruines et ses icônes préhispaniques, ses fleurs et ses fruits, de l'autre les États-Unis, leurs cheminées d'usine siglées « FORD », leurs gratte-ciel et leur technologie. Avec Voilà ma robe suspendue ou New York (1933, collection privée), Frida Kahlo retrouve l'esprit frondeur des artistes du mouvement d'avant-garde stridentiste qu'elle fréquentait dans les classes préparatoires à l'université, sans partager leur enthousiasme pour le monde industriel moderne. Des photographies collées en bas du tableau montrent en effet des files interminables de chômeurs et des soldats partant au combat. Son portrait de l'horticulteur californien Luther Burbank (1931, Fondation Dolores Olmedo, Mexico), mélange de réalisme et de fantastique, d'imagination et d'humour, est un hymne à la régénération de la vie par la mort, suivant en cela une tradition très mexicaine.
Outre son engagement politique, Frida trouve en effet dans ces voyages l'occasion de réaffirmer sa « mexicanité », très présente dans une technique picturale inspirée par les ex-votos, par le traitement d'une actualité souvent violente et sanglante comme chez le graveur José Guadalupe Posada, par les portraits réalisés au xixe siècle par Hermenegildo Bustos. Finalement, elle a su imposer son iconographie et son imaginaire personnels, que le contact avec les surréalistes lui a certainement permis d'approfondir et de renforcer. Cet imaginaire s'annonce déjà dans un tableau de 1 […]
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