4. Image de marque et mémoire collective
L'ampleur des problèmes est telle que les solutions ne peuvent plus être trouvées à l'échelon municipal ni dans l'intervention d'initiatives privées. La région, l'État, les instances politiques autant que techniques ont pris en main le recensement, l'évaluation, les hypothèses de substitution. On en est aujourd'hui à un point où le discours paraît parfaitement formalisé, et quelques réussites acquises.
L'argumentation cependant est à certains égards surprenante. Un ingénieur général des Ponts et Chaussées, rapportant pour un groupe de travail interministériel, part de la notion de « nuisance visuelle ». « La question du paysage, écrit-il, est une question centrale [...]. C'est d'abord une affaire de solidarité et de dignité. Un pays moderne ne peut laisser vivre une fraction de sa population [...] dans un paysage lourdement marqué par les stigmates des industries disparues. C'est ensuite une question de symbolique culturelle et de confiance dans l'avenir. Le traitement paysager des friches est indispensable pour signifier que la page est tournée, que l'avenir est ailleurs [...]. C'est enfin une question d'image de marque et d'efficacité commerciale. »
D'où une stratégie en deux temps : en attendant qu'une vocation soit trouvée et une réutilisation engagée, on « verdira » les zones concernées, ainsi transformées en « structures paysagères », mises en réserve foncière. Mais à aucun moment n'est évoquée la mémoire. Le pain est ôté de la bouche aux archéologues futurs de la civilisation industrielle, mais c'est aussi de la conscience collective que la survie est ainsi condamnée. Il y a quelque chose d'impressionnant dans cette volonté de nivellement, d'évacuation, d'engloutissement dans le néant. Est-ce le déblaiement des décombres après un bombardement dévastateur ? Est-ce simplement l'un des avatars d'un génie administratif rompu depuis deux siècles à l'aménagement rationnel de l'espace ? On conçoit qu'il soit hors de question d'orga […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



