2. Autour de l'architecture de l'industrie : séduction et raison
Pourtant, depuis une vingtaine d'années, la friche industrielle bâtie en milieu urbain a réussi à imposer, face aux programmes de modernisation, de rénovation et d'aménagement, la prise en considération de ses superstructures, la dignité et la qualité, à la fois symboliques et techniques, de son architecture comme alternative à une politique de la table rase. Plus la taille des bâtiments est grande (on songe à certaines usines de filature et de tissage, à certaines minoteries, à certains équipements liés aux transports ou au stockage) ou plus la taille des municipalités hébergeant ces « monstres » est réduite, plus la question de la survie et de la réutilisation offre de difficultés à résoudre. La justification de la recherche d'une solution se trouve pourtant à trois niveaux :
– Qualité des bâtiments industriels désaffectés. Son appréciation continue à s'effectuer au coup par coup, parce que l'histoire des bâtiments à usage industriel et de leur architecture ne dispose pas encore d'un code d'analyse satisfaisant ; le progrès d'une telle histoire paraît même avoir été retardé, paradoxalement, par la concentration de l'attention et des travaux sur l'architecture utilisatrice des matériaux nouveaux : fer, fonte ou acier, béton armé – et sur les héros de leur emploi généralisé : Eiffel, Hennebique... L'industrie en tant que cliente spécifique de l'architecture a consommé successivement ou simultanément les matériaux les plus traditionnels et les plus révolutionnaires ; la diversité de ses besoins productifs et de l'échelle de ses commandes a engendré la livraison par les constructeurs des échantillons les plus divers. Mais, dans un grand nombre de cas, le résultat a été l'édification de bâtiments présentant toutes sortes de caractéristiques précieuses dans la perspective d'une réutilisation même en dehors d'une réaffectation industrielle : grandes dimensions extérieures ; espaces et volumes intérieurs étudiés […]
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