3. Le despote éclairé
L'admiration des contemporains n'est pas allée uniquement au chef de guerre. Leurs louanges s'adressent plus encore au souverain éclairé, au « roi philosophe ». Douze années de guerre (la campagne de 1778 n'est qu'une mobilisation) sur quarante-six ans de règne : le souverain a eu le temps d'améliorer l'administration de son royaume. Dans quel sens vont ses réformes ? Quel est l'esprit qui les anime ? L'œuvre intérieure de Frédéric II s'inscrit-elle dans le mouvement du despotisme éclairé dont l'importance se révèle de plus en plus grande dans l'Europe du xviiie siècle ?
Frédéric apparaît tout d'abord comme un souverain absolu. Aucune volonté ne peut s'opposer à la sienne : les états provinciaux sont sans pouvoirs, le clergé, protestant ou catholique, est tenu en bride, la noblesse est liée au prince par l'armée dont elle fournit les cadres, les fonctionnaires ne sont pas, comme en France, des officiers propriétaires de leur charge. Les ministres et les conseillers – Podewils et Hertzberg pour les Affaires étrangères, le baron de Cocceji pour la Justice, le secrétaire du cabinet Eichel – n'ont d'influence que celle que le roi veut bien leur laisser. Simples exécutants de la volonté du maître, les administrateurs appliquent les mesures ordonnées par celui-ci pour accroître les revenus du royaume.
Tel est bien le but essentiel : le royaume est administré « comme une ferme » qui doit rapporter toujours davantage. Frédéric a gardé l'appareil bureaucratique et le système fiscal de ses prédécesseurs, les ressources provenant des domaines (ils couvrent un quart du pays), de la contribution foncière et des impôts indirects (accise). Les novations financières sont postérieures à 1763 : fondation de la Banque d'émission de Berlin (1765), mise en régie des postes et de l'accise (1766). Les recettes provenant de la régie sont versées (ainsi que les excédents des recettes des provinces) à un « fonds de disposition » non soumis au contrôle de la Cour des comptes et où Fr […]
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