Dans un de ses poèmes, Franz Werfel explique ce qu'il entend par mot rare et langage concerté. Les mots, dit-il, bloquent l'accès aux choses : « Nous tuons Dieu et nous-mêmes avec des noms, des noms ». Plusieurs expressionnistes — R. J. Sorge entre autres — cherchaient, en effet, un nouveau mode d'expression. Mais, tandis que le discours de ses contemporains est dense au point d'en devenir parfois incompréhensible, la muse plus amène de Werfel lui permet de se hisser au rang de leur porte-parole.
Il naît à Prague de parents aisés. Après un apprentissage dans le commerce, il se consacre tout entier à la littérature. En 1938, il fuit les persécutions hitlériennes et, après de nombreux détours, parvient aux États-Unis où il trouve la mort à Beverley Hills. Sa veuve, Alma Mahler-Werfel, a raconté sa vie dans une biographie souvent contestée.
C'est avec L'Ami du Monde (Der Weltfreund), recueil de poèmes paru en 1911, que Werfel, dont on ne connaissait jusque-là que des contributions aux revues littéraires, atteint à la notoriété. Le moi poétique s'extrait de la solitude individuelle pour joindre la communauté et partager le destin général de l'humanité : car son seul vœu est d'être semblable à tous. L'amour est alors chanté, sous des formes diverses, comme seule force rédemptrice. Certes, chez Unruh, Saar ou Sorge, on retrouve le même mode de pensée. Mais que de nuances, et combien durement a cheminé leur réflexion avant d'aboutir ! Chez Werfel, en revanche, rien que des cris — c'est à lui que s'applique le slogan de la « O Mensch-Literatur ». Cependant, plus les volumes se succèdent — en 1913 Nous sommes (Wir sind), en 1915 L'Un l'autre (Einander), en 1919 Le Jour du Jugement (Der Gerichtstag), — plus s'affirment les traits didactiques au détriment de la poésie. Aujourd'hui pourtant, un poème reste : « Sourire, respirer, marcher » (« Lächeln, Atmen, Schreiten »).
Avec La Tentation (Die Versuchung, 1913), « dialogue du poète et de l'archange », Werfel aborde le drame. Dans Les Troyennes (Die Troerinnen), d' […]
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