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HELLENS FRANZ (1881-1972)

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2.  L'encre : le fantastique réel

« J'ai toujours éprouvé plus de vraie joie par la poésie, grâce au passage de l'intuition, que par la prose, qui demeure une élaboration. » Ce magnifique aveu d'Hellens le situe. Depuis La Femme au prisme (1920) jusqu'à ces Arrière-Saisons (1967) que le poète a donné comme un testament, Franz Hellens a publié une vingtaine de recueils poétiques, qui, tous, ajoutent au voyage intérieur d'un être une recherche musicale extrêmement savante et neuve. Et que sont, dans la prose même, des textes comme Bronze (1950) ou Pourriture noble (1952), sinon de purs poèmes laissés dans la gangue d'un rythme secret ? Il n'y a ici ni école ni message, mais le merveilleux et l'immense passage d'un homme – d'un navire –  à travers un siècle. Les grandes œuvres romanesques elles-mêmes, de Mélusine (1920) aux Mémoires d'Elseneur (1954), dégagent à leur insu un tel pouvoir poétique qu'elles pourraient à elles seules marquer le passage d'un poète dans le monde.

Dès la classe de poésie (la classe de seconde), le jeune Hellens avait écrit, en 1895, des Croquis divers. En 1906, il avait publié En ville morte. Quelques autres œuvres ont suivi. Mais c'est Mélusine qui provoqua le choc de la vocation en ouvrant définitivement le poète au « fantastique réel » qui lui appartient en propre et qui deviendra la clef de voûte de son œuvre. Lié davantage à la poésie par l'intuition que par exemple au romantisme allemand, ce « fantastique » d'Hellens ne se nourrit pas de monstres. Il est bien réel, dût-il surgir d'un rêve, et porte la psychologie à ce point de rupture que peu d'êtres affrontent et qui pourrait le mieux se traduire par un duel entre l'homme et son ombre. Que serait Moreldieu (1946), par exemple, sans son démon ?

Il faudrait citer davantage un auteur à ce point généreux qu'il nous offre plus de cent titres. Disons simplement que ces œuvres, reflets d'une vie intérieure, sont parfois claires et douces, et parfois d'une grande cruauté. La musique est majeure ou mineure dans cette âme toujours nue mais toujours secrète et qui, le plus noblement du monde, se délivre de son chant intérieur comme un navire qui n'a jamais dévié de sa route et qui, de toute évidence, « abordera heureusement aux époques lointaines ».

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