Franz Hellens est d'origine flamande et a vécu près de Paris. Il n'a jamais été d'aucun parti. Il n'est d'aucune Église, mais n'oublie à aucun moment ce qu'il doit aux jésuites du Gand de son enfance, ceux-là qui « firent » Verhaeren, Maeterlinck, Van Lerberghe, Rodenbach et Grégoire Le Roy. Il est de leur époque et de la nôtre. Il peut parler de Thérèse d'Avila et d'Essenine avec la même passion. Il est fantastiquement réel, à l'image de son œuvre. Navire surgi des vieux canaux gantois, mais ayant pris depuis longtemps la haute mer, il connaît tous les ports du monde, mais il lui arrive aussi de naviguer, tous feux éteints, vers cette rive impossible qui appelle en nous dès qu'un dieu secret se met à la barre. Il ne faut pas le fréquenter longtemps ni le lire beaucoup pour comprendre combien est vaste en lui ce domaine intérieur. Une soirée passée à écouter la Messe en si, une nuit à relire saint Jean de la Croix ou simplement la contemplation par la fenêtre ouverte d'un arbre du jardin, et le poète peut écrire : « Quelle doit être l'aurore des trembles du Paradis, si ceux de la terre, ce matin, tremblent si divinement ? »
Hellens a beaucoup écrit, en un temps où toute écriture est suspecte. C'est qu'il avait beaucoup à dire. Parti du symbolisme, il s'est vite découvert une voix personnelle. À lui mieux qu'à tout autre s'appliquent ces mots de Keats : « Je ne suis sûr de rien, sinon de la sainteté des affections du Cœur et de la vérité de l'Imagination. »
1. Le sang : ouvert au siècle et secret
Fils d'un médecin louvaniste, Frédéric Van Ermenghem naquit le 8 septembre 1881. Sa mère étant malade, la famille avait quitté Louvain pour Wetteren. C'est à l'âge de seize ans, en longeant le canal qui séparait la maison du collège, que Frédéric découvrit sur une façade le nom de « Franz Hellens » alors porté par un marchand de vins. Le nom lui plut. Il l'a gardé.
Franz Hellens doit beaucoup à son enfance heureuse, aux pierres et aux canaux des environs de Gand. Trois ans externe au collèg […]
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