5. La vérité et les valeurs
En ce qui concerne l'essence de la vérité, Brentano a tenu deux positions extrêmes. Au début, il postulait l'existence d'une « vérité en soi », existant indépendamment du sujet. Il affirmait l'existence des entités de raison (nombres, vérités, valeurs), tout en leur niant la réalité au sens où l'on dit qu'un homme ou un animal sont « réels ». Mais cette définition ontologique et « platonicienne » de la vérité fera place, dans les quinze dernières années de sa vie, à une conception gnoséologique tout à fait opposée : la « vérité en soi » et les valeurs sont des pures fictions ; il n'y a que des actes de jugement, et la vérité doit se fonder sur l'évidence de ces actes. Cette dernière théorie de Brentano exercera une profonde influence sur la philosophie du langage : on s'interrogeait à l'époque sur la possibilité de traduire les expressions abstraites (par exemple, Temps, Espace, Justice, Bien) en termes qui connotent des êtres « réels ». Brentano crut possible une telle traduction. D'autres tentatives célèbres de réduction furent celles de Russell, de Carnap et de Kotarbinski.
Dans son ouvrage De l'origine de la connaissance morale (Vom Ursprung sittlicher Erkenntnis, 1889), Brentano présente la connaissance éthique comme fondée sur les émotions : amour et haine. L'action morale ne se fonde pas sur un impératif du vouloir, ainsi que le postulait l'éthique « formaliste » et « subjectiviste » de Kant, mais sur une conscience intentionnelle évidente des faits éthiques.
C'est le point de départ de l'éthique des valeurs, que proposeront Max Scheler et Nicolaï Hartmann.
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