
En dehors de l'Allemagne et des pays d'Europe centrale, Franz Anton Maulbertsch n'est généralement pas reconnu comme l'un des maîtres majeurs de la peinture européenne, qu'il est pourtant. C'est qu'il est fort peu représenté dans les collections et que, ses œuvres les plus significatives étant de grands décors, on ne peut guère le connaître que sur place.
Né à Langenargen, sur les bords du lac de Constance, Maulbertsch fut formé à l'Académie de Vienne et, il n'est pas indifférent de le relever, sans faire de séjour en Italie, à la différence des peintres autrichiens de la génération précédente comme Troger. Sa première grande commande vient en 1750 : il s'agit de décorer la coupole de l'église des Piaristes de Vienne. Traitant les architectures sur un mode plus décoratif qu'illusionniste, usant de tons légers et clairs, refusant de trop individualiser les figures mais mettant plutôt l'accent sur l'enchaînement des groupes, Maulbertsch donne déjà là un chef-d'œuvre, parfaitement en accord avec les rythmes ondulants de l'architecture.
Maulbertsch se signale tout d'abord par une puissance imaginative peu commune. L'invention se renouvelle sans arrêt dans les attitudes, les mimiques, l'organisation même des compositions ; sans effort, il passe du burlesque au surnaturel ; de la grimace à l'extase. Comme Tiepolo, il utilise volontiers les accoutrements à caractère historique, fraises, pourpoints et manches à crevés, par exemple dans ses fresques de Kroměříž (1760, République tchèque). Sa virtuosité de dessinateur lui rend possibles les formules les plus audacieuses, parfois les plus extravagantes, de raccourcis, comme au plafond de l'ancienne université de Vienne où il représente le Baptême du Christ (1766-1767). C'est surtout un coloriste incomparable, qui allie avec bonheur les tons les plus risqués, des violines avec des orange, des vert acide et des bleus. L'exécution révèle un brio éblouissant, qu'il s'agisse de grandes fresques (notamment à l'abbaye de Gutenbrunn-Heiligenkreuz, ou dans la salle des Géants de la Hofburg d'Innsbruck et au château de Györ ou Raab en Hongrie) ou de tableaux à l'huile ; elle semble certes s'alourdir dans les dernières années, mais il ne faut pas oublier que des œuvres comme les fresques de Strahov près de Prague (1794) reviennent pour une bonne part à des élèves.
L'importance de Maulbertsch est considérable, car il représente, au plus haut niveau du génie, tout un courant de la peinture germanique que des peintres plus modestes, quoique non sans mérite, comme Kremserschmidt, Leicher ou Cimball, ont diffusée partout en Europe centrale dans la seconde moitié du xviiie siècle.
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