4. Une bipolarité urbanistique révolutionnaire
Wright fut le premier et même le seul architecte de son époque à comprendre que l'automobile devait avoir des conséquences colossales et dramatiques dans le sens d'une « désurbanisation ». Tandis que les autres poursuivaient des idéaux utopiques et absurdes, comme ceux des « cités-jardins », en exhumant les villages anglais du Moyen Âge, il comprit, lui, qu'il fallait, une fois annulée la séparation entre ville et campagne, reconstituer la pensée urbanistique sur des bases radicalement nouvelles, révolutionnaires. Face aux métropoles surannées, il propose une thérapie bipolaire qui, aujourd'hui, après de nombreuses décennies et alors qu'il est peut-être déjà trop tard, est adoptée par la plupart des urbanistes : d'un côté, la « cité-territoire », Broadacre City, élaborée de 1932 à 1958 ; de l'autre, des macrostructures concentrées, dont l'« Illinois », le gratte-ciel haut d'un mile, est l'emblème.
En attribuant à chaque personne une surface minimale d'un acre (4,047 m2), la population tout entière des États-Unis pourrait résider sur une superficie à peine supérieure à celle du Texas ; il existe donc de larges possibilités de parvenir à une désurbanisation organique. Quant à l'« Illinois », avec ses 528 étages, il abrite 130 000 habitants, et comporte en outre un parking pour 15 000 voitures et deux terrasses pour 100 hélicoptères : il suffit de dix structures de cette dimension pour remplacer tout l'amas architectural de Manhattan.
Ainsi, Wright, le plus grand poète de l'architecture, a indiqué les seules voies logiques pour éviter la catastrophe de la civilisation urbaine.
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