2. « Dans la nature des matériaux »
De cette fugue, qui lui vaudra vingt années de persécutions et de très graves difficultés financières, on a donné de nombreuses interprétations. La plus convaincante est celle que propose N. K. Smith : Wright se sentait suffoquer dans la vie suburbaine de Oak Park. Il avait vécu à Chicago l'épopée de la métropole, il en avait subi la fascination ; mais, tout comme Whitman, Thoreau et Emerson, il la détestait – exaltant le rêve d'une existence libre, au contact de la nature. Oak Park était une expérience négative sous un double aspect : ni ville ni campagne, mais un compromis, la périphérie. Sensible à tout ce qu'un tel compromis comporte de faux, il suit son impulsion hérétique et anarchiste. Et il accomplit un geste qui conditionnera son activité pendant un quart de siècle, de 1910 à 1935, mais qui apparaît inévitable pour la régénération de sa personnalité d'homme et aussi de poète.
Dans la nature des matériaux est la recherche qui définit les principales œuvres du second cycle, à savoir les Midway Gardens de Chicago (1914), l'Imperial Hotel de Tōkyō (1916-1922), les villas californiennes de 1920 à 1924. On a parlé, et non sans raison, d'une phase « expressionniste ». Alors que les rationalistes européens pratiquent une architecture décharnée, par élimination du poids et de l'épaisseur et réduction à des cloisons bidimensionnelles qui visent un idéal de transparence et de légèreté, Wright creuse, déchire, agresse le bois, la pierre, la brique, le ciment, le métal et le verre, afin d'en extraire des messages spécifiques, de posséder les secrets de la matière jusqu'à ses fibres les plus intimes. Chargeant de décorations les salles de l'Imperial Hotel, il semble revenir en arrière, au xixe siècle ; mais les résultats de cette entreprise sont évidents dans les villas californiennes, et surtout dans « La Miniatura » de Pasadena (1923), où les blocs de béton sont perforés de telle sorte que la lumière, plutôt que de pénétrer à travers des trous p […]
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