Pendant cinquante ans, les contemporains de Bernard Frank qui s'attachaient à la littérature l'auront lu avec passion, profit et plaisir. Dans les périodiques, les quotidiens, les hebdomadaires, ils auront aimé le miracle permanent d'un style d'idées, de prose et de poésie. Ses livres, au reste peu nombreux, trouvent eux-mêmes leur source et leur énergie dans le monde des revues, si effervescent dans les années 1950. Ils le dépassent, assurément, mais sans jamais rompre tout à fait le lien ombilical, demeurant en majeure part des essais, et des chroniques élargies à la dimension d'un volume (Grognards et hussards, 1952, La Panoplie littéraire, 1958, Un siècle débordé, 1970, Solde, 1980).
Il y a toujours, chez Bernard Frank, un duelliste qui ferraille et qui fait mouche : Le Dernier des Mohicans (1956) est ainsi un chef-d'œuvre de verve assassine, dont les victimes sont Jean Cau, Sartre, Simone de Beauvoir, et les critiques de l'époque. Avec autant de réussite, Frank avait inventé, dans Israël (1955), le genre de l'autobiographie délirante et mythomane d'un jeune juif fasciné par les antisémites, qui ne sera pas oubliée […]
