3. L'apport des Francs à la Gaule
Les Francs apportèrent leur langue d'abord à une faible partie du territoire gaulois, le vingtième environ, mais les conditions dans lesquelles la frontière linguistique s'est déplacée sous leur influence restent très controversées. Jusqu'en pleine époque carolingienne, de nombreux îlots existaient encore de part et d'autre, par exemple dans la vallée de la Moselle, en aval de Trèves ou vers Aix-la-Chapelle.
Surtout ils créèrent une civilisation nouvelle, faite, pour une part, d'apports proprement franciques et, pour une autre, plus importante, d'emprunts à d'autres peuples germaniques, à Rome, aux civilisations indigènes de la Gaule et au christianisme. Les Francs ont été surtout remarquables par leur aptitude à réaliser une synthèse entre ces éléments divers ; leurs rois et leur aristocratie, qui a fourni l'élite dirigeante de la Gaule (sauf la Bretagne, la Provence et le Bas-Languedoc), ont répandu partout un état d'esprit où les préoccupations guerrières sont essentielles et où l'intellectualité n'a qu'une place effacée.
Cette civilisation, qu'il faut plutôt qualifier de mérovingienne, se caractérise par quelques traits célèbres : un armement nouveau, que le guerrier emporte dans sa tombe (hache de jet, couteau, épée, lance) ; un droit, représenté par la loi salique, écrite à la fin du règne de Clovis, qui fait grande place à la solidarité familiale et à une procédure orale extrêmement formaliste ; un système social encore proche de celui du Bas-Empire, où un groupe restreint de fidèles du roi et d'anciens sénateurs romains, nantis d'immenses propriétés foncières dispersées dans tout le royaume, domine des masses paysannes tenues dans une dépendance économique étroite et des esclaves encore assez nombreux. Les modes franques se diffusent à partir de la cour, imposant une onomastique nouvelle, tant aux personnes (noms à deux termes accolés, comme Dagobert, « jour brillant », ou Bertrand, « brillant corbeau ») qu'aux lieux (noms de villages comme Thionville « le […]
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