3. Apport théorique
On mesure ainsi combien il est difficile d'assigner Françoise Dolto à une place univoque. Même à s'en tenir à la psychanalyste, c'est en vain qu'on a voulu la réduire à n'être qu'une praticienne, sans doute hors du commun, mais trop singulière justement pour avoir soi-disant quoi que ce soit à transmettre qui vaille enseignement à portée théorique. Ces jugements hâtifs ont méconnu en fait toute la part authentiquement conceptualisatrice de son œuvre, dont un élément significatif est fourni par le travail qu'elle a consacré à la sexualité féminine (Sexualité féminine, 1985, rééd. 1996). Un travail qui ne peut se comprendre toutefois que replacé lui-même dans la perspective de ce qui reste l'apport théorique essentiel de Françoise Dolto, son élaboration dite de l'image inconsciente du corps. On mesure aujourd'hui que cette contribution théorique n'a pas de valeur que locale, partielle, limitée, mais que, tout en restant dans une ligne freudienne, elle implique une certaine façon de réinterroger les fondements doctrinaux de la psychanalyse, en y repensant notamment la place du corps, pris dans le langage.
Nous évoquions en commençant la référence déterminante à la chrétienté. C'est à coup sûr l'une des clés pour comprendre l'assemblage de cette vie de pensée, d'action et d'engagement. Loin de toute « bondieuserie » – dont Françoise Dolto s'est employée à dénoncer plutôt les ravages culpabilisateurs –, la religion est ici ce qui permet de nouer les fils de cette œuvre, de saisir comment elle procède, de ce qu'enseignent pour Françoise Dolto et l'Évangile et la psychanalyse, à savoir une éthique du désir qui sous-tend et oriente chez l'humain l'incarnation du sujet.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



