4. Poétique du vol et de l'envol
Le théâtre joue un rôle important dans l'écriture de François Villon. Le monde du théâtre, tout d'abord, est convoqué par le poète qui le connaît bien : « Rime, raille, cymbale, fluctes [...]. Farce, brouille, joue des flûtes ; / Fais, ès villes et ès cités / Farces, jeux et moralités » (Le Testament, « Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie »). Le poète sait croquer une scène, saisir une silhouette, la camper. Il a le goût du spectacle. Il possède l'art du dialogue. Il se met en scène se parlant à soi-même, en train de réfléchir. D'où la multiplication des questions, des interjections, des suspensions et de toutes leurs combinaisons possibles. Le texte se donne comme haché, coupé, suspendu. Le plus bel exemple en est, dans le cadre d'une ballade et selon une tradition formelle qu'inaugure Eustache Deschamps, le débat de Villon et de son cœur : « Qu'est ce que j'oi ? – Ce suis-je. – Qui ? – Ton cœur, / Qui ne tient mais qu'à un petit filet » (Le Débat du cœur et du corps de Villon).
Ainsi, et tour à tour, le personnage de Villon joue, enseigne, prie, rit et nous fait rire. Rire en pleurs.
Son écriture ne veut rien fonder. Repoussant l'image que l'on trouve chez Jean de Meung, et antérieurement chez Isidore de Séville de l'écriture comme labour, ensemencement, le poète proclame, par le truchement de son épitaphe : « Oncques de terre n'eust sillon » (Le Testament, « Épitaphe et rondeau »). Il ne garde de la métaphore de la plume courant sur le papier ou le parchemin, comme la charrue qui creuse la terre, que l'image de la fin du sillon, quand la charrue verse, soit le verset, le retour, la fracture. La poésie de François Villon est une poésie de la ligne coupée, sa poétique celle de la décomposition – du cadavre comme du texte. Tel Diomédès, l'écumeur de mer, « en une petiote fuste » (Le Testament, huitain 18), François Villon, nouveau pirate, se veut un laboureur de la mer, du vain et du vent.
L'œuvre de François Villon a connu un […]
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