Celui qui, du Lais au Testament, a tout dispersé, ses biens fictifs et sa personne, celui qui n'avait rien d'un père mais se voulait un fils, un enfant, « un pauvre petit écolier » (Le Testament, « Épitaphe et rondeau »), est érigé depuis Boileau en père de la poésie française : « Villon sut le premier, dans ces siècles grossiers / Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers » (Art poétique). Tour ironique du destin, signature du génie. L'œuvre de François Villon, sa renommée littéraire ne manquent pas de tels paradoxes.
1. « Et ne sait comment on me nomme »
Villon, c'est d'abord un nom que nous livre une œuvre courte et dense en des points stratégiques : l'ouverture et la clôture des textes. Ainsi du Lais encadré entre un « Je, Françoys Villon, écolier » et un « Fait au temps de la dite date / Par le bien renommé Villon ». Ainsi du Testament qui s'achève par : « Ici se clôt le testament / Et finit du pauvre Villon » (« Ballade finale »). Ainsi d'un certain nombre de ballades qui offrent dans leur refrain, ou affichent en acrostiche, le nom Villon : « Par mon conseil prends tout en gré, Villon ! » de la Ballade de fortune, « Le laisserez là, le pauvre Villon ? » de l'Épître à ses amis ; signature verticale de la Ballade des contre-vérités, de la Ballade de bon conseil, du Débat de Villon et de son cœur, par exemple. Villon, dans tous les sens.
Un nom, mais aussi des noms que nous fournissent des documents, de deux ordres essentiellement : les archives de l'université de Paris et celles de la justice. Villon, c'est alors « François de Montcorbier, Parisien », du registre de la nation de France, c'est « maistre François des Loges, autrement dit de Villon » et « Françoys de Monterbier, maistre es ars » des lettres de rémission accordées par le roi Charles VII en janvier 1455 et janvier 1456 ; c'est aussi Michel Mouton, surnom sous lequel François Villon se fait panser après la rixe dans laquelle il tue le prêtre Philippe Sermoise. Les archives nous permettent en effet d […]
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