2. Une passion de l'écriture
Entre le critique et l'auteur de films, quoi qu'on ait pu dire, point de rupture. Il suffit de lire aujourd'hui le recueil d'articles que Truffaut a publié en 1975 (Les Films de ma vie) pour s'en convaincre. « Je me désintéresse, dit-il, de tous les films qui ne vibrent pas. »
Critique ou cinéaste, Truffaut est d'abord un homme passionné par l'écriture. Il écrit ses films comme ses articles de jadis, avec la vivacité inquiète de Hitchcock, la fièvre de Vigo. « J'étais obsédé par l'idée d'ennuyer. J'allais parfois jusqu'à remplacer des mots longs par des mots courts. J'écrivais d'abord nerveusement, rapidement, ensuite je coupais une phrase sur trois pour que l'article ait du mouvement. »
C'est pourquoi il serait vain de distinguer dans son œuvre les adaptations littéraires et les scénarios originaux. Une même passion du texte circule à travers tous ses films. Il y a toujours des personnages qui écrivent (lettres, journaux, romans ou thèse) ou qui lisent, même lorsque cela est interdit (Fahrenheit 451). Il y a des bibliothèques et des librairies. Il y a aussi des êtres, handicapés, sourds-muets (L'Enfant sauvage, L'Argent de poche, La Chambre verte). Et entre ceux qui parlent, qui écrivent, et ceux qui regardent en silence, une tension insoutenable. Dans le cinéma de Truffaut, on ne peut pas vivre sans parler, sans lire ou sans écrire.
Ainsi Antoine Doinel, dans Domicile conjugal, annonçait à sa femme qu'il était en train d'écrire un roman intitulé Les Salades de l'amour. Ce roman, on le voit et on le lit dans L'Amour en fuite, où l'on raconte également un épisode d'un roman en cours d'écriture qui devrait s'appeler Le Manuscrit trouvé par un sale gosse, par allusion au livre et au film polonais, Le Manuscrit trouvé à Saragosse, qui pratiquent le récit à tiroirs. Dans La Nuit américaine, le cinéaste Ferrand disait encore à Jean-Pierre Léaud : « Tu devrais écrire un roman. Il s'appellerait Les Salades de l'amour. » Ailleurs, dans L'Homme qui aimait les femmes, C […]
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