Lyonnais d'origine, élève de Schumpeter, professeur à Lyon puis à Paris, François Perroux est élu en 1955 à la chaire d'économie créée à son intention au Collège de France. Perroux a profondément marqué l'université et la pensée économique françaises. Il poursuit dans la voie de l'hétérodoxie schumpetérienne (La Pensée économique de Joseph Schumpeter. Une théorie pure de la dynamique capitaliste, 1935) à l'égard du marxisme, qu'il a profondément étudié (d'où sa longue préface aux œuvres de Marx dans la collection « La Pléiade », 1963, et Aliénation et société industrielle, 1970), du néo-classicisme, qu'il tente un moment de ramener aux véritables dimensions parétiennes (La Valeur, 1943 ; Le Néo-Marginalisme, 1945) ou du keynésianisme, dont il marque très vite les limites (La Généralisation de la General Theory, 1950). De même, à l'image de Schumpeter, il lie très étroitement la théorie économique la plus rigoureuse à une permanente attention aux évolutions profondes de notre civilisation, comme à ses dangers (Les Mythes hitlériens, 1936, et Des mythes hitlériens à l'Europe allemande, 1940). Il modernise, renouvelle et élargit cependant les concepts clés de son maître : il approfondit Le Problème du profit (1926), mais il préfère à l'analyse individualiste de l'innovation celle de la création collective (Industrie et création collective, 2 t., 1964 et 1970).
Il jette les bases d'une rénovation fondamentale de l'enseignement de l'économie en France sur trois points. Il insiste sur la recherche scientifique fondamentale, créant dès 1944 l'Institut de science économique appliquée qu'il dirige et développe sans cesse depuis (avec sa revue Économie appliquée, et cette véritable encyclopédie économique que constituent les multiples séries des Cahiers de l'I.S.E.A.). Il opte vigoureusement pour l'analyse formalisée et quantitative, mettant toutefois en garde les économistes contre le danger de se laisser dominer par les techniques mathématiques et d'accepter des hypothèses contraires aux faits pour le […]
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