Un large béret, le sourire inimitable et le parler rocailleux, tel était le nouvel archevêque à qui Paul VI, en ce printemps de 1968, donnait la succession du cardinal Veuillot sur le siège de Paris. Il arriva le 29 avril. Ce jour-là, et bien qu'il fût Rouergat, il devint le plus illustre des Auvergnats de Paris. Pourquoi aurait-il écouté les conseilleurs qui l'invitaient à « perdre son accent » ? La capitale était en révolution : ce fut sa manière de garder sa distance et sa différence. Il était lui-même avant d'être une personnalité et une autorité.
Toutes les institutions paraissaient ébranlées. Cette liberté était une manière d'assurer sa présence immédiate à ceux dont il avait la charge et de montrer qu'il n'y a d'institutions que d'hommes, avant toute « grandeur d'établissement » pour le dire comme Pascal au Grand Siècle. Son premier acte fut de lancer parmi son clergé une « consultation » : trois questions très simples. Du jamais vu. Il reçut un millier de réponses, personnelles ou collectives, parfois de vraies dissertations. La crise moderniste au début de ce siècle, à laquelle il avait consacré sa thèse de théologie à l'institut catholique de Toulouse, avait moin […]
