2. À la recherche d'une expression libre
Jusque-là, la carrière de Goya avait été celle d'un homme grandi à l'ombre de l'académisme. Une série d'événements extérieurs et intimes vont en briser le cours et délivrer l'artiste de l'emprise des règles.
La crise est préparée par la mise à l'écart de l'élite éclairée auprès de laquelle Goya avait trouvé amitié et protection : Floridablanca, Jovellanos, Cabarrús, Ceán Bermúdez. Un climat de corruption, entretenu par la reine Marie-Louise et son amant Godoy, va précipiter le déclin de l'Espagne.
À la suite d'une terrible maladie, survenue à Cadix en 1792, Goya demeure irrémédiablement sourd. Cette infirmité, qui le coupe de l'extérieur, joue le rôle d'un catalyseur et libère un monde angoissant auquel le peintre avait échappé auparavant en se lançant à corps perdu dans la vie sociale et mondaine.
On peut suivre les progrès de la crise dans le recueil de gravures préparé à partir de 1793 et publié le 6 février 1799 sous le titre de Caprichos (Caprices). Ces œuvres sont encore conçues comme une critique des tares et des vices sociaux, dans l'esprit du rationalisme du xviiie siècle. Goya y dénonce notamment l'ivrognerie, en partant d'un cas concret : Y se le quema la casa (Et sa maison brûle). On peut de même soupçonner que ses amours malheureuses avec la duchesse d'Albe l'ont confirmé dans l'idée pessimiste qu'il se faisait des relations entre les partenaires du couple, ainsi qu'en sa croyance en la puissance maléfique de la femme : Ya van desplumados (Les voilà plumés !). Il reprend aussi le thème du Pantin – déjà traité antérieurement – que les femmes font sauter sur un drap (El Pelele). Le souvenir de la duchesse d'Albe s'attache plus particulièrement à la célèbre planche no 81 – demeurée longtemps non publiée – : El Sueño de la mentira y la inconstancia (Le Songe du mensonge et de l'inconstance).
Cependant, l'artiste dépasse ce stade purement critique en dévoilant ce que l'idéologie réformiste et optimiste des Lumières ne soupçonnait pas : la perversion […]
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