2. Les composantes d'un art
Le rôle joué par le ténébrisme dans la formation de Zurbarán est un problème qui a toujours intéressé les critiques et les historiens d'art. Pour les uns, le peintre d'Estrémadure reste, dans les premières années de son activité, en dehors des problèmes du clair-obscur. Pour d'autres, il aborde les problèmes d'éclairage, spécialement dans ses natures mortes, avec des conceptions qui viennent du ténébrisme. On ne connaît pas suffisamment les œuvres de ses débuts pour dire ce que furent ses essais dans ce domaine, mais il est certain que de 1625 à 1640 Zurbarán reste partisan de ce qu'on pourrait qualifier de peinture claire et transparente qui l'apparente, dans une certaine mesure, à un Vermeer de Delft.
• Les grands cycles
Dans les séries monastiques, il faut remarquer que Zurbarán ne peint que les communautés masculines. De ces cycles où la vie ascétique et les faveurs divines sont décrites avec un naturel extrême, on peut signaler deux chefs-d'œuvre : Saint Bonaventure et l'Ange (musée de Dresde) et l'Exposition du corps de saint Bonaventure (musée du Louvre, Paris). La composition dense et les magnifiques portraits des religieux et du roi d'Aragon qui entourent le corps du saint contribuent à donner une remarquable solennité plastique à cette œuvre qui associe magistralement valeurs abstraites et réalisme.
Dans la série que Zurbarán exécute à Séville pour la chartreuse des Cuevas (à une date d'ailleurs discutée par les spécialistes), on retient le Saint Hugues au réfectoire des Chartreux (musée de Séville), où la conception de l'espace annonce Cézanne. Les moines alignés derrière l'horizontale de la table, les plis rigides et parallèles de la nappe, la vaisselle, les couverts et le pain disposés simplement, les blancs et les gris des habits et des murs de cet intérieur, où les mouvements sont calmes et silencieux, évoquent une vie quotidienne d'héroïsme sans hauts faits et sans éclat. Face à Ribera, qui décrit le moment qui précède les martyres, et aux peintres italiens, qui choisissent des scènes […]
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