De tous les peintres espagnols du xviie siècle, Zurbarán est sans aucun doute, après Velázquez, le plus mondialement connu. Plus en accord avec la sensibilité de notre époque que Murillo ou que Ribera, il leur a usurpé la renommée dont ils jouissaient auparavant. Zurbarán, qui pour le romantisme représentait l'ascétisme monastique espagnol, jouit au xxe siècle d'une vogue à laquelle le cubisme n'a pas été étranger, en faisant découvrir chez le peintre d'Estrémadure des qualités plastiques d'une exécution rigoureuse et élaborée, analogues à celles de la peinture de Piero della Francesca, de Georges de La Tour ou de Cézanne. Avec son art exact, simple, un peu prosaïque et provincial, aux formes encore gothiques mêlées aux procédés du maniérisme tardif et du premier baroque, Zurbarán est un peintre chez qui l'exigence d'un univers construit comme une architecture s'unit à une certaine ingénuité voulue. Pour retrouver un phénomène analogue, il faudrait chercher chez certains sculpteurs espagnols de son époque, créateurs d'images réalistes en bois polychrome. Mais à leurs qualités de vérisme il faudrait ajouter ce caractère primitif de Zurbarán qui se manifeste aussi bien dans les coloris que dans les plis amples des vêtements de ses personnages qui, modelés par la lumière contrastée en clair-obscur, sont plutôt statiques et ont cet air étriqué et figé des gens simples. Une des qualités essentielles de ce peintre est sans aucun doute d'avoir su communiquer au spectateur cet amour pour les objets les plus banals. L'intensité de la « vie immobile » d'une rangée de pots alignés simplement sur un plan unique ou la parfaite quiétude d'un personnage de Zurbarán ont rarement été représentées avec plus d'efficacité et aussi peu de moyens expressifs. Peintre réaliste formé dans le clair-obscur du début du xviie siècle, Zurbarán est un des plus grands de ceux qui représentent le Siècle d'or de l'art espagnol. Peintre fécond, il aura un atelier important, mais ses disciples demeureront des peintres second […]
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