3. Tout est au-delà de nous
• Le doute et l'étonnement
Il est caractéristique que le dernier chapitre de ce livre ait pour titre « Doutes ultimes ». Le philosophe cherche le vrai ; mais le vrai n'est pas encore le réel, car le vrai reste enfermé dans le cadre du jugement. Et, cependant, Bradley pense avoir acquis ce qu'il appelle alors une certitude absolue. Mais, après avoir écrit ces mots, il complète sa pensée : « Cette conclusion, je l'ai déjà fait remarquer, ne va pas très loin. Elle nous laisse libres d'admettre que ce que nous connaissons n'est rien en proportion du monde de notre ignorance... Nous ne savons pas, sauf en une esquisse vague, ce qu'est l'unité, ou encore nous ne savons pas du tout pourquoi elle apparaît dans nos formes particulières de pluralité. Nous pouvons même comprendre qu'une telle connaissance est impossible. » Ayant écrit ces lignes, il pense qu'il a laissé assez d'espace pour que, suivant son expression, s'exercent le doute et l'étonnement. C'est que, au regard de la richesse de l'univers réel, notre science est une pauvre chose ; et le voici qui, semblable à quelques-uns de ses adversaires irrationalistes, nous montre « les sentiers qui nous conduisent dans des régions à moitié inconnues et à moitié inconnaissables ». Notre conclusion a, en somme, expliqué et confirmé que tout est au-delà de nous (all is beyond us).
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