2. L'irrécusable relation
Les distinctions que nous opérons ont leur origine hors de notre pensée et tout ce que celle-ci fait, c'est de manifester quelque chose qui est une différence antérieure à elle. Sans doute ne sommes-nous pas capables d'expliquer tout le développement de notre pensée, car il faudrait expliquer comment il se fait que quelque chose de non relationnel prenne un aspect relationnel. Cela, nous ne le pouvons pas, et tel est le moment gnostique de la pensée de Bradley ; il nous met en présence de ce mystère qu'est la naissance de la dualité à partir de l'unité.
Parfois, en effet, nous sommes tout près d'une contemplation mystique. Il n'y a pas, dit-il alors, d'aspect du monde qui ne soit inclus dans l'infini. Il n'y a nulle part un fait si fragmentaire et si pauvre qu'il n'ait pas d'importance pour ce que Bradley appelle l'univers. Il y a de la vérité dans toute idée, si fausse qu'elle soit, il y a de la réalité dans toute existence, si légère qu'elle apparaisse. Partout, nous sommes donc en contact avec ce qu'il appelle la vie indivise de l'Absolu. Cette vie indivise se fait avec les phénomènes transmués ; mais tous les phénomènes ne sont pas transmués d'égale façon ; car les uns sont plus hauts que les autres. C'est là un point que Bradley ne met pas toujours dans une égale lumière, mais qu'il a cependant énoncé dans sa théorie des degrés de réalité. Le laid, le mal, l'erreur sont des aspects subordonnés, mais c'est par là même dire que ce sont des aspects réels. Naturellement, la beauté, le bien, la vérité sont plus proches de l'Absolu ; mais, par rapport à l'Absolu, ils ne sont que des approximations, approximations qui nous satisfont plus que le mal et l'erreur, mais qui ne sont cependant que des approches. Le dernier chapitre de la première partie de ce livre nous rappelle étrangement la fin de la première partie du Parménide de Platon et même certaines critiques adressées par Aristote à Platon, ainsi que certaines objections de Hegel à Kant : « La séparation de […]
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