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ALGAROTTI FRANCESCO (1712-1764)

Né à Venise d'une famille de riches commerçants (le titre de comte lui fut donné par le roi de Prusse), Francesco Algarotti incarne les tendances culturelles d'une classe qui aspire à l'hégémonie. Des études longues et variées l'initièrent aux lettres, aux sciences et aux arts plastiques. L'éclectisme que son œuvre reflète lui valut d'être qualifié avec mépris, au xixe siècle surtout, de polygraphe et de vulgarisateur. Il eût revendiqué ces étiquettes, lui qui appelait de ses vœux l'avènement en Italie du « siècle des réalités », la naissance d'un « poète philosophe » qui vengeât enfin les « martyrs de la raison », tel Galilée. Pour sa part, il acquit la célébrité en mettant à la portée d'un public habituellement voué aux lectures galantes les principes et la méthode de Newton, en quoi il voyait le fondement d'une pensée vraiment moderne (à opposer au cartésianisme) et la condition d'un renouveau de toute la culture, en écrivant Le Newtonisme pour les dames (Il Newtonianismo per le dame, 1737), dédié à Fontenelle, remanié sous le titre de Dialoghi sopra l'ottica neutoniana.

 Algarotti ne se contente pas d'un cosmopolitisme livresque. De 1735 à 1753, il parcourt l'Europe du sud au nord et d'ouest en est, ne rentrant en Italie que pour de brefs séjours et tenant auprès des souverains éclairés des emplois aussi variés, sinon plus, que ses compétences. Il fut de 1742 à 1746 le conseiller militaire d'Auguste III, électeur de Saxe, tout en se chargeant de constituer pour la Galerie de Dresde des collections d'œuvres d'art provenant d'Italie. De 1746 à 1753, il vécut à la cour de Frédéric II où il retrouva notamment Voltaire et Maupertuis. Ces voyages, les rencontres et les expériences dont ils furent l'occasion constituent la matière d'une œuvre abondante, coulée dans toutes les formes écrites que peut prendre l'échange ou la diffusion des idées : épîtres, essais, lettres, dialogues.

Cet Européen, qu'on accusait d'être le « courtisan de Potsdam » et d'écrire une langue défigurée de gallicismes, eut pourtant le souci, avant la lettre, de l'unité italienne. Il appelait les Italiens, « esclaves et divisés », à utiliser leur propre langue (Sopra la necessità di scrivere nella propria lingua), afin de la rendre, par cet usage même, de plus en plus propre à exprimer la réalité de leur pays et de leur temps, à l'exemple mais non sur le modèle des Anciens ou des étrangers.

À son roman imité de Montesquieu, Il Congresso di Citera (1745), comme à ses vers (on lui reconnaissait la facilité d'Ovide et la saveur d'Horace), seuls les spécialistes peuvent encore s'intéresser. Mais il ne faudrait pas effacer cette touche de sensualité néo-classique au portrait d'un homme qui, témoin exemplaire de la culture européenne des Lumières, en résume les goûts et les curiosités.

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