4. Le revirement des années 1980 et ses suites
À contretemps par rapport à la conjoncture internationale, la politique de relance menée par la gauche s'est rapidement heurtée à la « contrainte extérieure ». Certes, l'éventualité d'une dévaluation préventive avait été discutée dès les premiers mois d'exercice du nouveau gouvernement. Elle aurait pu permettre de dégager des marges de manœuvre pour une telle politique, mais cette option avait été abandonnée, afin de ne pas envoyer un message jugé trop agressif à la communauté économique internationale.
• Le retrait de l'État
Quoi qu'il en soit, la relance isolée conduit à une dégradation du solde extérieur et rend nécessaire une mini-dévaluation de 3 p. 100 en octobre 1981. Celle-ci ne suffit pas à rétablir le commerce extérieur et les menaces continuent à peser sur le franc. Les difficultés rencontrées conduisent le gouvernement, à l'initiative de Jacques Delors, à opérer, dès juin 1982, un tournant vers la rigueur. Une deuxième dévaluation (de 5,75 p. 100) s'accompagne d'un blocage conjoint des prix et des salaires. Ce tournant sera confirmé en mars 1983, avec un nouveau plan d'austérité (le terme est alors assumé) assorti d'une troisième dévaluation, de 8 p. 100. L'objectif est de casser l'inflation qui atteint alors près de 12 p. 100 en rythme annuel. Le moyen retenu est la désindexation des salaires : il faut empêcher la « boucle prix-salaires » de fonctionner, autrement dit freiner les salaires en les déconnectant de la progression des prix, de manière à réduire le taux d'inflation. Cette politique est engagée dans le secteur public, elle exerce un effet d'entraînement sur le secteur privé, et elle réussit : l'inflation ralentit de manière spectaculaire, puisqu'elle passera de 12 p. 100 en 1982 à 3,1 p. 100 en 1988.
Dans cette opération, les salaires n'ont pas été seulement déconnectés de l'inflation : ils l'ont été aussi des gains de productivité, de telle sorte que la part des salaires dans le revenu national baisse de […]
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