En France, disait-on en 1996, il y a les optimistes et les pessimistes. Les optimistes pensent que la période est pré-révolutionnaire. Quant aux pessimistes, ils pensent que le gouvernement Juppé va durer. Au-delà de son caractère provocant, cette boutade comporte plusieurs enseignements. Elle dénote un sentiment d'attente, le caractère de transition – ou plutôt de gestation – de la période. Elle souligne l'illusion des apparences, puisque les catastrophes annoncées ne se sont pas produites. Elle montre à quel point le Premier ministre apparaît comme le bouc émissaire de ces inquiétudes et de ces frustrations. Plus profondément cependant, elle renvoie au double sens ou à la double dimension du terme « politique » : le gouvernement des hommes et le gouvernement des choses. La distinction peut servir de fil conducteur.
D'un côté, le plus spectaculaire mais aussi le plus superficiel, l'attention s'est concentrée sur les tribulations du gouvernement, victime d'une croissante impopularité ou pour mieux dire sur celles du Premier ministre, qui polarise sur lui un regard fréquemment négatif. Il paraît caricaturer tout ce que les Français reprochent à leur élite dirigeante : arrog […]
