La France libérée en 1945 est un pays en ruine, usé par une décennie de crise économique puis cinq années d'occupation. Or, durant la seconde moitié du xxe siècle, elle va connaître une spectaculaire mutation de ses structures économiques, sociales, politiques, culturelles, entraînant des transformations de l'existence quotidienne des Français comme le pays n'en avait jamais connues à l'échelle d'une existence d'homme tout en la maintenant, en dépit des difficultés qui l'affectent, parmi les principales puissances du monde au début du xxie siècle.
L'analyse de la situation française au lendemain de la Libération donne le sentiment d'une catastrophe. Aux six cent mille morts de la guerre s'ajoutent une surmortalité due aux pénuries alimentaires et aux conditions d'hygiène défectueuses et un important déficit de naissances, soit au total des pertes démographiques estimées à deux millions d'individus. Les pertes matérielles ne sont pas moindres : soixante-quatorze départements comptent des usines, des exploitations agricoles, des immeubles détruits. L'infrastructure économique (gares, ponts, ports, voies ferrées) a été écrasée par les bombardements. La France a perdu le quart de ses locomotives, les deux tiers de ses cargos, les trois quarts de ses pétroliers, 85 p. 100 de son matériel fluvial, 40 p. 100 de ses véhicules automobiles. Au total, les dommages de guerre représentent le quart de la fortune nationale.
Or la situation financière du pays ne permet pas d'envisager le nécessaire redressement. La guerre et l'Occupation ont laissé en héritage près de 1 500 milliards de francs de dépenses non couvertes qui entretiennent une gigantesque inflation et ont fait perdre au franc l'essentiel de sa valeur. La France ne peut échapper à la misère qui la menace que grâce aux dons et aux prêts à très faible intérêt des Britanniques et des Américains.
De surcroît, sur le plan politique, la France connaît un véritable vide juridique. Le régime de la iiie République, sans être formellement aboli, a été suspendu par […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 10 pages…



