3. Des économies sous perfusion
• Le poids de l'import-distribution
La situation économique actuelle est le résultat d'une exploitation coloniale qui a empêché le développement de processus locaux d'entraînement financier, commercial et social. Les élites, d'origine européenne, n'ont fait qu'accentuer la sujétion des colonies à la métropole, car elles n'avaient aucun intérêt à susciter un développement autonome, étant donné que leur prospérité reposait sur la propriété foncière et sur le contrôle, par leurs sociétés commerciales, des produits d'exportation et d'importation. Ainsi, les détenteurs de capitaux ont été peu attirés par les investissements industriels ou touristiques, préférant l'immobilier, le foncier ou le commerce. Alors que l'indépendance de l'île Maurice, acquise en 1968, poussa le nouvel État souverain à sortir de la monoculture sucrière et à diversifier son économie en se tournant vers le tourisme, à La Réunion, le transfert des bénéfices de la terre, spécialement ceux de la canne à sucre, vers le tourisme fut tardif – il intervint dans les années 1980-1990 –, et limité, les secteurs de l'importation et de la distribution étant jugés beaucoup moins risqués et plus rentables. En outre-mer, les hôtels sont donc aujourd'hui moins lucratifs que les grandes surfaces. Nous avons affaire à des sociétés de consommation peu productives et non compétitives. L'agriculture va mal, avec une surface agricole utilisée se contractant sous l'effet de la pression immobilière, un nombre d'exploitations qui continue de diminuer et une population de chefs d'exploitation vieillissante. La canne à sucre est portée à bout de bras par Paris et Bruxelles, par le truchement d'aides étatiques à la production, de quotas et de prix d'achat garantis dans le cadre de l'Organisation communautaire du marché européen du sucre. Le tourisme est presque partout en crise depuis quelques années. Ainsi, la prospérité qui apparaît dans les hypermarchés est largement factice, elle ne repose que sur les transferts colossaux d'argent de l'État et de l'Union européenne sous forme d'aides diverses, de prestations sociales ou de salaires artificiellement élevés.
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