6. Les inégalités
À l'époque de la Révolution française, il semblait que les Français allaient se distinguer des autres nations en appliquant leur devise si enthousiasmante : Liberté, Égalité, Fraternité. Mais à présent il est clair que la France, si elle a guillotiné un certain nombre d'aristocrates, n'a pu abolir l'aristocratie. Par exemple, le mythe selon lequel un esprit plus égalitaire régnerait entre les Français qu'entre les Allemands a perdu toute vraisemblance : il y a deux fois plus de contremaîtres en France qu'en Allemagne. Quant aux cadres, ils revêtent en France, plus que dans aucun pays comparable, le caractère d'une classe héréditaire. Dans les deux cents plus grosses entreprises allemandes, un quart des cadres seulement sont nés dans des familles aisées, contre les trois quarts en France et moins d'un dixième aux États-Unis. L'extrême discrétion dont font preuve les Français quant à leur fortune privée a toujours plus ou moins empêché les étrangers de savoir exactement à quel point la répartition des revenus et de la fortune était inégale.
Mais les choses commencent à changer. Les « petites gens », que caractérisait leur indépendance, ont presque disparu (85 p. 100 des Français sont salariés). La distinction entre le peuple et la bourgeoisie a perdu beaucoup de son sens traditionnel à une époque où un tiers des « prolétaires » sont des propriétaires. Tous ceux qui bénéficient de la sécurité de l'emploi, ceux qui ont une journée de travail courte et des vacances longues, avec la retraite assurée, occupent maintenant (quel que soit leur rang social) une position privilégiée qui ressemble, toutes proportions gardées, à celle des rentiers d'antan. Les défavorisés, ce sont aujourd'hui les femmes, les jeunes, les travailleurs temporaires, les immigrants, et ceux qui accomplissent des tâches matérielles répugnantes. Mais le mode de vie n'est plus déterminé par la naissance, le métier ou la fortune. Les gens puisent leur « standing » à des sources diverses dont ils s'efforcent de cumul […]
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