4. La culture
Si la langue est le vêtement le plus intime d'un Français, la culture française est le pardessus qui lui tient chaud ou lui confère les apparences de la respectabilité. Le Français idéal est un homme cultivé. C'est ce qui fait en grande partie son charme aux yeux des étrangers instruits, car l'Anglais idéal (le gentleman amateur de sports et de chasse), avec toute sa politesse et son respect d'autrui, n'a nul besoin de lire des livres. L'Américain idéal a toujours été le pionnier qui fait fortune et il n'est même pas nécessaire qu'il sache parler (encore moins écrire) correctement ; lorsqu'il lègue sa fortune à une université, c'est souvent parce qu'il sent qu'il y a là un mystère que rien dans son expérience ne lui permet de comprendre.
Il fut un temps où la culture française était un moyen d'échapper à la barbarie, au paganisme, à un provincialisme étroit. Les livres, le théâtre, la poésie étaient son domaine d'élection. Mais les critères du bon goût sont maintenant considérés par certains comme dépassés et l'idée même qu'il puisse exister de tels critères est contestée. Une nouvelle conception de la culture se fait jour. Elle aurait pour fonction de défendre l'individu et les groupes les plus vulnérables contre l'homogénéisation croissante imposée par les médias contre la passivité du spectateur devant son téléviseur ; elle veut stimuler les individualités, exprimer dans son infinie variété la créativité que chaque être humain recèle en puissance. Elle refuse toute tentative de couler cette créativité dans des moules préétablis. D'autre part, la culture tend à être considérée comme un moyen de donner naissance à des formes originales de sensibilité et de rassembler, grâce à l'enthousiasme partagé qu'ils éprouvent pour des formes nouvelles, des individus issus de groupes sociaux différents. Il y aurait là un équivalent moderne des carnavals traditionnels et autres fêtes médiévales, à cela près qu'au lieu de répéter des rites coutumiers la fête moderne inv […]
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