10. Un cinéma prospère mais atomisé
Autour de 1980, le cinéma français est devenu une nébuleuse en expansion permanente. La porte ouverte en 1958 ne s'est jamais refermée : le cinéma français produit, d'abord, des cinéastes. Un chiffre : entre 1988 et 1997, 329 débutants ont tourné leur premier film... Le schéma de rupture qui opposait la Nouvelle Vague au cinéma de la qualité s'est rapidement brouillé, et n'existe plus que sous la plume de critiques nostalgiques. Le concept d'auteur a été dévalué, trop souvent revendiqué par des débutants sans talent. Pendant quelques années, entre 1970 et 1985, une clientèle populaire s'est reconnue dans un cinéma de « lignes » commerciales dont la cohérence était le fait d'un metteur en scène (Claude Lelouch) ou de comédiens-producteurs : Alain Delon ou Jean-Paul Belmondo notamment, qui, jusqu'en 1985, ont produit et tourné deux fois par an des films dont le réalisateur importait peu, car c'est leur personne qu'ils offraient à un public massif et consentant.
Le cinéma des vingt années suivantes est un long glacis non homogène, mais dépourvu de lignes de force. Il est prospère, défend son pré carré dans le conflit bientôt centenaire qui l'oppose au cinéma hollywoodien. Si on s'en tient aux chiffres publiés annuellement par le C.N.C., le nombre de spectateurs mobilisés par le grand écran a augmenté. L'effet multiplexe a joué : depuis 2003, les salles accueillent plus de 200 millions de spectateurs par an, et la part des films français y oscille entre 35 et 45 p. 100. Mais l'atomisation de la production est telle qu'elle désoriente le cinéphile, le critique et, il faut l'avouer, l'historien. Le cinéma français s'inscrit dans un éventail qui va d'un film d'auteur pointu, que son distributeur courageux est ravi de montrer dans un très petit nombre de salles d'art et essai, à un cinéma de marchands, formaté à la mesure des multiplexes qui peuvent exposer le même mercredi un millier de copies qui occupent près d'un cinquième des écrans de l'Hexagone et y attirent près de 4 […]
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