8. Modernité et primitivité : le Bateau-Lavoir, les cabarets
Le Bateau-Lavoir, ce lieu de légende associé à la naissance de la peinture moderne, désignait un bâtiment vétuste, entrepôt de poutres, de planches et de ferrailles rouillées, flanqué d'un groupe d'ateliers d'artistes obscurs et délabrés. C'est là que quelques peintres, après 1904, avaient installé leurs ateliers : Picasso, Juan Gris, Brancusi, Modigliani, suivis par des écrivains tels que Max Jacob, Mac Orlan, Reverdy. Cette conjonction de fortes personnalités fit bientôt du phalanstère une ruche. Parmi les visiteurs les plus assidus, des peintres : Matisse, Braque, Dufy, Utrillo, Marcoussis ; des écrivains tels qu'Apollinaire, Jarry, Cocteau, Radiguet, Gertrude Stein ; des comédiens aussi : Dullin, Harry Baur. Aux premières années du xxe siècle, c'est toute la vie culturelle du dernier quart de siècle qui infusait dans la convivialité montmartroise. Et comme la pression économique était toujours là, les marchands de tableaux suivirent : Ambroise Vollard et D. H. Kahnweiler, qui surent gérer avec intelligence les rapports entre production, mécénat et publicité, et faire de la vente de la peinture moderne un marché spéculatif en progression continue.
Parmi les événements qui ont marqué l'existence du Bateau-Lavoir, il faut souligner l'importance du scandale provoqué par Les Demoiselles d'Avignon en 1907. Picasso avait alors vingt-six ans, et, face à un souvenir de son enfance catalane, reconstruit et médiatisé par d'autres souvenirs, notamment ceux du Bain turc d'Ingres et des masques nègres, ce furent d'abord des cris de protestation, y compris chez Braque et Matisse. Le miracle ne survint qu'en 1924 quand un amateur éclairé, Jacques Doucet, l'acheta un bon prix, sur le conseil d'André Breton. En treize ans, le mouvement cubiste avait eu le temps de naître et de disparaître, non sans laisser des traces, et c'est lui qui donnait une justification rétrospective à la représentation des prostituées d'Avinyó.
On a remarqué au passage l'intervention d'un écrivain, André […]
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