7. Châteaux et ateliers : les deux romantismes
L'effet politique du retour des émigrés après Waterloo est tellement négatif qu'on en est venu à ignorer un impact culturel dont l'importance n'est pas niable : ouverture sur l'étranger et les langues étrangères, les littératures, et intérêt pour les institutions d'autres pays. Ajoutons que les anciens émigrés ont soif de racines, d'histoire, de sociabilité. Beaucoup d'entre eux retrouvent, à défaut de fortune mobilière, le château des ancêtres. À cela s'ajoute une préoccupation inconnue de leurs pères : la religion. La conversion de Chateaubriand n'a pas été un cas unique. De nombreux exilés sont de retour avec des convictions acquises dans le malheur, et qu'ils voudraient nourrir et faire partager. La plupart d'entre eux sont des autodidactes qui n'ont derrière eux que des études brèves et bouleversées. Les voici maintenant grands lecteurs. Ce mouvement de curiosité religieuse trouvera son lieu de prédilection au château de La Roche-Guyon. Sous l'impulsion du plus pieux des Rohan-Chabot, à qui ce domaine revient à la fin des troubles, et du non moins pieux Mathieu de Montmorency, on y fait des retraites spirituelles très fréquentées. C'est là que Lamartine a passé la semaine sainte de 1819, qu'il a écrit l'une de ses Méditations et puisé l'inspiration religieuse d'une partie de son œuvre. Il n'est d'ailleurs pas le seul à avoir fréquenté ce lieu de rencontre spirituelle : Montalembert, Dupanloup, l'avocat Berryer seront ses habitués, et même Victor Hugo, resté sur la ligne de partage des eaux jusqu'à la condamnation de Lamennais, qui lui a fait choisir son camp.
Les châtelains ont été les premiers, en France, à s'enthousiasmer pour les Méditations. Ils y trouvaient un mélange de nostalgie de l'enfance, d'amour de la nature et de religiosité diffuse qui correspondait à leur attente. Pendant le quart de siècle qui suivit, ils ne cessèrent de former la partie la plus réceptive et la plus enthousiaste de la poésie romantique. Chateaubriand l'avait bien […]
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