2. Un foyer de culture greffé sur l'institution royale : la cour de Henri II
Dans aucun groupe social de l'ancienne France, l'équilibre entre le style de vie et le style de pensée n'a été aussi frappant qu'à la cour de Henri II, et ce n'est pas un hasard ni un artifice de plume qui conduit Mme de La Fayette à situer La Princesse de Clèves dans cette cour qui lui semble avoir été le sommet de l'art de vivre. Les jeux du corps y tenaient une grande place, et la romancière précise : « C'était tous les jours des parties de chasse et de paume, des ballets, des courses de bagues, ou de semblables divertissements. » Elle aurait pu ajouter : l'escrime, le tir à l'arbalète, l'équitation, les joutes, et le patinage en hiver.
À ces jeux du corps correspondaient les jeux de l'esprit, et d'abord la « conversation de cour », c'est-à-dire une discussion qui n'a pas encore la grâce de la conversation de salon, dont la forme et le code seront élaborés pendant les deux siècles qui vont suivre. Deux fois par jour, au début de l'après-midi et après le souper, les courtisans font cercle autour du couple royal pour deviser sur un thème donné : une œuvre d'art, un incident à la cour, un livre récent, un point de casuistique amoureuse. Le souvenir de L'Heptaméron et même du Décaméron fournit le cadre et les règles du jeu de ces exercices d'esprit, à mi-chemin de la disputatio scolastique et du débat académique à l'italienne. Il arrive qu'au cours de la conversation orientée par le roi, qui fait figure de modérateur plus que de président, l'auditoire se partage entre deux thèses incompatibles. La séance peut être alors suspendue et reportée au lendemain, deux représentants des camps adverses étant chargés de préparer leurs plaidoiries. En conclusion, le souverain demande à l'assistance de se prononcer une fois que le débat a eu lieu, et il tient compte de son avis avant de rendre un verdict. C'est ainsi que Ronsard, offensé par la lecture burlesque d'une de ses odes, s'est vu convoquer par le roi – sur la suggestion d […]
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