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FOUS LITTÉRAIRES

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3.  Folie et langage

  La langue souveraine

Tout locuteur affronte, lorsqu'il prend la parole, la contradiction suivante : c'est lui qui parle, et pourtant ce n'est pas lui, mais la langue. Je parle en effet ma langue : elle me sert d'instrument, traduit mes pensées et les communique à autrui, est soumise à ma maîtrise. Je dis ce que je veux dire et je veux dire ce que je dis. Mais en même temps je sais bien que, même si je m'exprime dans ma langue maternelle, je subis les contraintes du système : je dois me battre avec mes moyens d'expression, et ne suis jamais pleinement satisfait de ce qu'ils me permettent de dire, même si je ne vais pas jusqu'à adopter l'hypothèse de Whorf-Sapir selon laquelle la pensée d'un locuteur lui est dictée par la structure de la langue qu'il utilise (si bien que la vision du monde d'un Indien Hopi ne peut jamais ressembler à celle d'un anglophone). Tout énoncé sera donc un compromis entre les deux termes de cette contradiction. La spécificité du fou littéraire –  c'est là qu'il se distingue du locuteur « sensé » et de l'écrivain – est qu'il ne passe pas de compromis. Son expression est donc marquée par cet excès : un des deux pôles y domine, la langue parle dans son texte. En effet, le locuteur qu'est le fou littéraire n'est pas maître de ce qu'il dit : ce qui signifie non qu'il est incohérent – quoi de plus cohérent qu'un texte de paranoïaque ? – mais que ce n'est pas lui qui parle, mais la langue. L'écrivain au contraire, même s'il prend des risques avec le langage, conserve en principe cette maîtrise : c'est lorsqu'il cède à cet excès qu'il devient, comme Roussel, un fou littéraire.

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