Que la question de la psychologie des foules ne soit apparue qu'au xixe siècle s'explique peut-être par le fait qu'avec les sociétés industrielles nous voyons se développer le phénomène de l'entrée des masses dans la vie publique, l'intervention du nombre comme facteur politique, le poids arithmétique des majorités contre les élites. C'est, en tout cas, la raison que se donne Gustave Le Bon, publiant, avec La Psychologie des foules, la première recherche psychosociologique sérieuse du phénomène, et qui écrit : « D'universels symptômes montrent, dans toutes les nations, l'accroissement rapide de la puissance des foules. L'avènement des foules marquera peut-être une des dernières étapes des civilisations d'Occident... »
Le Bon fait de la foule une entité où les individus sont fondus en une unité soumise à une âme collective. Car la foule a sa propre nature psychique. La foule est « féminine », impulsive, mobile, irritable, dominée par une mentalité « magique », puisqu'on voit les foules ne supporter aucun délai entre le désir et sa réalisation, être extraordinairement influençables et crédules, mues par des sentiments simples, guidées par des ima […]
