Possédant, à Rome, un statut d'une très grande ambiguïté, la notion de fortuna, qui correspondait originellement à « la chance », « la bonne chance » surtout, a sans doute été très tôt divinisée. Mais c'est en ce point qu'il faut essayer d'élucider les choses. Dans la mesure où l'on dit que la fortuna a été divinisée, à partir du moment où elle est dotée d'un sanctuaire et d'un culte, les choses sont claires ; toutefois, en dehors de toute localisation cultuelle, la fortuna est ressentie par le Romain comme une puissance extérieure et mystérieuse sur laquelle il n'a aucune prise, mais dont l'intervention est nécessaire pour réussir dans une entreprise quelconque. Le couple que le mot forme avec virtus est significatif : la virtus représente la part d'énergie consciente et raisonnée que l'homme fait entrer dans sa conduite ; la fortuna, au contraire, lui est accordée ou refusée sans qu'il y puisse rien. Elle est une puissance divine, ou quasi divine, avec laquelle il est bien difficile de conclure un contrat, parce qu'elle ne se laisse pas enfermer dans des limites fonctionnelles bien définies.
Encore très en honneur à l […]
