4. Les apories de l'objectivité morphologique
Les approches perceptives et sémantiques du concept de forme que nous venons d'évoquer relèvent pour la plupart d'un mentalisme représentationaliste. Nominalistes et solipsistes, elles admettent la réalité psychologique des représentations mentales mais refusent toute valeur ontologique aux contenus de ces représentations. Elles se heurtent donc au problème du dépassement du solipsisme. De nombreux auteurs (Putnam, Searle, Dreyfus...) ont dénoncé dans la conception du cognitivisme dont elles s'inspirent une impuissance à résoudre « le problème des problèmes », à savoir celui de l'orientation de la conscience phénoménologique vers le monde extérieur, celui de l'intentionnalité.
• Représentationalisme et intentionnalité
Le problème n'est pas nouveau. À partir du moment où l'on adopte une conception représentionnaliste faisant de la perception un processus s'édifiant à partir de la transduction sensorielle, on se condamne à faire de l'apparaître phénoménal une apparence subjective-relative n'ayant d'autre contenu objectif que celui d'une information physique conçue au sens physicaliste du terme. Il devient par conséquent impossible de définir une objectivité de la structuration qualitative du monde. Mais alors, comment la conscience peut-elle rejoindre le monde ? Elle ne rejoint qu'un monde projeté, c'est-à-dire elle-même (solipsisme). Si on considère que le solipsisme n'est pas philosophiquement acceptable, on devra donc résoudre le problème suivant : comment la conscience peut-elle rejoindre des transcendances objectives ? Or, comme l'a remarqué Roger Chambon, il est impossible de penser une ouverture constitutionnelle de la conscience vers la transcendance du monde à partir de l'exercice de la réceptivité sensorielle. Il faut une transcendance de l'apparaître lui-même, de l'apparaître comme présence, qui soit préalable au processus de perception proprement dit. « Le problème posé est extraordinaire et, à la vérité, sans égal » ( […]
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